Demain j’ai rendez-vous chez une sexologue…


Consulter en sexologie n’est pas chose facile. Malgré une déconcertante accessibilité à l’omniprésence de la sexualité dans nos médias, il reste difficile de se dire d’aller consulter un(e) sexologue. On préfère alors attendre que la situation s’arrange d’elle-même ou on trouve des moyens d’y pallier jusqu’à ce que la situation devienne intolérable et que nous nous sentions acculés à consulter. Ensuite vient la recherche parfois pénible de trouver qui consulter, puis la question de consulter seul(e) ou en couple… 

Sexologue, sexothérapeute, médecin sexologue… alouette !

Vous croyez peut-être innocemment que tous les sexologues se valent, qu’ils ont tous la même formation ? Il est vrai que tout professionnel digne de ce nom devrait l’être grâce à une formation solide complète et une déontologie qui protège le patient…mais en l’absence de réglementation, ouvrez l’œil avant d’ouvrir votre cœur et votre portemonnaie ! 

La sexologie concerne tous les aspects de la sexualité : développement de l’individu, rôles féminins et masculins, orientation sexuelle, comportements sexuels, relations affectives et devrait intégrer les aspects biologiques, physiologiques, psychologiques, sociaux et culturels de l’être humain. Une formation adéquate permet de faire une bonne évaluation et de proposer le bon traitement. Les sexologues peuvent être issus de l’enseignement universitaire (autour de 200 heures) après avoir eu un diplôme (médical, paramédical, psychologie) ou bien issus d’enseignements privés. Il y a bien deux trois sexologues en France qui ont été formés à l’étranger (Belgique, Canada) comme moi-même, mais ils sont isolés.   Les autres soit-disant sexologues ou sexothérapeutes n’en sont pas. 

Les sexologues formés au Canada ont bénéficié d’un enseignement universitaire en sexologie avant-gardiste long et complet (plus de 2000 heures) et ont un Ordre des Sexologues Cliniciens très strict.  Ils ont une vision multidimensionnelle de la personne (biologique, psychologique, sociale) et de sa problématique sexuelle qui s’inscrit comme symptôme de conflits psychologiques sous-jacents : en effet, l’individu n’est pas réduit à la fonctionnalité de sa sexualité, à la génitalité, mais bien considéré dans ses diverses dimensions. 

Une thérapie devrait donc s’appuyer sur des analyses scientifiques, une connaissance complète de l’être humain et le traitement se faire grâce à des approches thérapeutiques cognitives et comportementales, humanistes ou analytiques.

Qui consulter ?

Pour savoir qui consulter, on s’accorde donc à dire qu’il est inutile d’aller consulter une personne qui n’a aucune formation dans le domaine et qui ne devrait pas pouvoir s’appeler « sexologue » ou « sexothérapeute». Le moyen de débusquer les charlatans est de toujours vérifier la formation, l’affiliation à une association ou syndicat et d’être à l’écoute de votre intuition. Si la personne que vous consultez vous donne des conseils de comptoir du genre : « mais Monsieur, si vous n’avez pas d’érections avec Madame, quittez-la », ou encore « il faut faire des efforts Madame, vous voyez bien que votre mari a des besoins », si vous vous sentez jugé(e), si on vous parle de forfait de séances ou plus grave si on vous touche ou vous montre en y participant comment faire une pratique sexuelle… fuyez (et dénoncez, dans ce cas il s’agit d’abus sexuel)! 

L’écoute seule, même si elle est aidante, ne suffit pas non plus pour régler les problèmes.

Pour bien faire, il faut que votre thérapeute fasse une évaluation de votre problématique et vous propose des solutions réelles et concrètes, que vous sentiez qu’il sait de quoi il parle, en gros c’est un métier et on ne badine pas avec la sexologie ! 

Consulter en sexologie, mais pour quoi faire ?

Consulter permet de voir plus clair dans vos ressentis, de trouver des réponses à vos questions, d’être éclairé(e) sur les difficultés que vous ressentez dans votre sexualité mais aussi dans votre féminité, masculinité, rôles et pratiques. Les personnes en consultation sont parfois étonnées de voir que leur problématique peut être étroitement liée à d’autres aspects de leur personnalité comme une faible estime de soi, une difficulté dans l’affirmation de soi, etc. et que lorsque ces aspects sont améliorés, le problème sexuel disparaît. N’hésitez donc pas à faire le pas, parfois il suffit de peu pour enrayer un problème en dédramatisant la situation avec un thérapeute.

Seul(e) ou en couple ?

Vous pensez peut-être avoir un problème ou en être la source parce que vous ressentez des symptômes. Parfois on porte un problème personnellement depuis longtemps, mais souvent le problème existe seulement dans la relation. Venir seul(e) est donc votre choix, selon que vous voulez parler de ce que vous ressentez seul(e) ou non. Par la suite, le thérapeute devrait vous indiquer s’il pense qu’il serait mieux de faire une thérapie de couple, de vous voir seul(e) plusieurs fois ou de rencontrer votre conjoint(e).

La thérapie de couple, un vrai plus ?

La thérapie de couple sert à faire le point, à laisser une place à chacun pour s’exprimer, à améliorer la communication et à sortir des difficultés ensemble, dans un cadre spécifique. Comprendre ce qui appartient à chacun, ce que nous voulons dans la relation, quel genre de couple nous voulons former pour ainsi mieux se comprendre à l’avenir. Voir la thérapie comme une évolution vers le bien-être, de façon positive : vous êtes là pour aller mieux et comprendre pourquoi vous en êtes arrivés là dans votre couple. Le thérapeute est un observateur de votre situation, une aide extérieure qui peut faire un diagnostic et vous expliquer le cheminement de votre couple. Il vous aide à mieux comprendre les besoins de chacun et vous indique les changements à faire pour atteindre vos objectifs de couple. Il faut donc vouloir changer des choses et accepter l’évolution de votre couple, en s’adaptant. La thérapie de couple utilise des outils de réflexion, des techniques créatives pour communiquer, des exercices plus pratiques dans la sexualité.

En conclusion…

Faites-vous confiance, prenez rendez-vous avec un(e) sexologue si vous en ressentez le besoin, appelez plusieurs personnes et voyez comment vous êtes reçu(e) au téléphone, vérifiez sa formation et son éventuelle affiliation à une association ou syndicat et soyez à l’écoute de votre ressenti lors de la première séance. Et soyez prêt(e) à faire un beau cheminement pour aller mieux et vous découvrir !

Quelques associations pour vous renseigner :

  • ASCLIF
  • AIUS
  • SNSC

Claudine Decaux

Psychosexologue clinicienne, thérapeute de couple (membre AIUS et SNSC)