Comment choisir son sexologue ?


QU’EST-CE QUE LA SEXOLOGIE ?

La sexologie est l'étude de la sexualité humaine et de ses troubles. Elle étudie tous les aspects de la sexualité, à savoir le développement sexuel, les mécanismes des rapports érotiques, le comportement sexuel et les relations affectives, en incluant les aspects physiologiques, psychologiques, médicaux, sociaux et culturels. La sexologie s’inscrit donc dans un concept de pluridisciplinarité.

La sexologie, dans sa forme moderne, est une science récente qui s'est développée dans la deuxième moitié du XXe siècle. Elle est au carrefour de plusieurs disciplines, comme la médecine, la biologie, la psychologie, l’ethnologie, la criminologie, l'histoire et la sociologie.

Elle peut aussi étudier la sexualité de certains groupes particuliers, comme les handicapés, les enfants et les personnes âgées, mais aussi les pathologies sexuelles telles que les dysfonctions sexuelles, l'obsession sexuelle, les violences sexuelles, les paraphilies (déviances) et les perversions. Finalement, la sexologie traite également des sujets particuliers comme l'avortement, le contrôle des naissances, l'abus sexuel, les nouvelles techniques de reproduction ou la santé sexuelle.

QUI EST SEXOLOGUE ?

Lorsqu’on déambule sur Internet à propos de la formation des sexologues, on fait la distinction entre les sexologues médecins (qui ont une formation de base médicale type généraliste ou spécialiste) ayant poursuivi une spécialisation dans la sexualité grâce au DIU de sexologie (3 périodes de 90h d’enseignement), les sexologues non médecins ayant une formation de base autre (ex : sages-femmes) et finalement les sexothérapeutes (autodidactes). Il se peut que le médecin sexologue soit teinté d’une vision médicale de la problématique, axée sur le fonctionnement génital, étant donné sa formation initiale. La formation du DIU de sexologie n’offrant pas de cours d’approches thérapeutiques à ce jour, il reste à votre discrétion de vérifier avec le thérapeute choisi sa formation et quel type de  thérapie il utilise. Les sexothérapeutes non cliniciens* peuvent se baser sur leurs expériences personnelles (et nous sommes alors loin de la neutralité déontologique) et peuvent se former personnellement à des approches thérapeutiques externes privées, mais pas forcément reconnues (pour plus d’information sur la formation française du DIU de sexologie, veuillez vous rendre sur Internet, le programme pouvant évoluer).

*Le terme « clinicien » signifie : « qui est qualifié pour effectuer des évaluations, de la sexothérapie et de la psychothérapie ». Les cliniciens tiennent compte de toutes les dimensions de la personne dans le traitement de la difficulté sexuelle. 

Il existe pourtant une formation universitaire spécifique de sexologue clinicien au Québec (Canada), et ce depuis presque quarante ans, comportant 5 à 6 années d’études universitaires, plus de 1400 heures de cours, en adjonction des stages et des supervisions cliniques (en plus d’expériences professionnelles obligatoires  dans des organismes sociaux dans le cadre des études). Les sexologues cliniciens ayant cette formation sont très peu nombreux en France, puisqu’il faut partir vivre au Québec pour faire ces études universitaires (à ce jour 2 en France). 

Au Québec, être sexologue clinicien est réglementé et répond à des normes d’exigences à la fois académiques et déontologiques sévères. Même si en France ce cursus n’existe pas, il serait important de le signaler et d’en informer la population, afin d’avoir une idée de ce qui existe dans le monde et de pouvoir s’en inspirer afin de faire évaluer à la fois le statut de sexologue en France, mais aussi la protection du public qui consulte souvent dans un moment de vulnérabilité (pour plus d’information sur la formation canadienne, veuillez consulter « qui suis-je ? » sur mon site Internet ou bien l’UQÀM).

Donc attention, certaines personnes n’ayant aucune formation en sexologie peuvent se dire sexologues ou sexothérapeutes, car le statut de sexologue en France est encore nébuleux à ce jour. Il est donc bien important de vérifier avec son thérapeute sa formation et son expérience professionnelle avant d’entreprendre une thérapie (posez des questions lors de la demande de rendez-vous téléphonique !), ainsi que son affiliation reconnue à certaines associations réglementées ( AIUS , SNSC, ASCLIF).

Pour ma part, qui suis sexologue clinicienne diplômée du Québec, ma formation comptabilise près de 2000 heures de cours, ains que 2000 heures de supervisions, de stages et d’expériences professionnelles dans le cadre de mes études dans des organismes sociaux. Je suis formée dans plusieurs approches thérapeutiques : cognitivo-comportementale (TCC), sexoanalytique, systémique (couple), existentielle.

QUE FAIT LE SEXOLOGUE CLINICIEN ?

Je précise que cet article concerne ma pratique professionnelle et non celle des sexologues non cliniciens, pour lesquels je ne peux répondre, puisque chacun aura une expérience professionnelle différente.

Rencontrer un sexologue clinicien, c’est d’abord rencontrer un professionnel qui est là pour vous écouter et entendre votre problématique, de façon bienveillante et neutre, sans jugement personnel, dans un cadre de confidentialité. La personne venue consulter exprime un désir de changement en vue d’un mieux-être et le sexologue clinicien est là pour évaluer, informer, identifier la problématique et chercher avec le patient la solution à ses difficultés, tout en favorisant le développement d’une sexualité satisfaisante et épanouissante.

L’évaluation sexologique est l’un des aspects les plus importants de la séance avec un sexologue clinicien. Cette évaluation regroupe diverses questions concernant les différentes sphères de la personne qui consulte et sert à établir un diagnostique, qui lui-même servira à mettre en œuvre un plan thérapeutique. Le diagnostique sexologique est donc fondamental pour la suite du cheminement thérapeutique. C’est pourquoi il est important d’être formé de façon pluridisciplinaire, afin d’évaluer les aspects médicaux, neurologiques et/ou psychologiques de la problématique.

Le plan de traitement visera donc à traiter les problèmes d’ordre affectif, relationnel, les dysfonctions sexuelles, les déviances sexuelles, les problèmes d’orientation et d’identité sexuelle, qui empêchent le bien-être personnel.

L’alliance thérapeutique est très importante pour le cheminement de la thérapie, il est donc important que vous vous sentiez bien avec votre thérapeute, que vous vous sentiez dans un dialogue. Les termes utilisés doivent être simples et compréhensibles de la personne qui consulte, les choses nommées de façon correcte et précise (il faut appeler un chat un chat…).

Différentes techniques thérapeutiques peuvent être utilisées et des exercices de réflexion peuvent être donnés entre les séances. 

COMMENT RECONNAÎTRE UN «  BON »  SEXOLOGUE ?

Pour trouver le bon sexologue, il faut d’abord se faire confiance et écouter notre petite voix intérieure. Consulter en sexologie est une démarche qui le plus souvent n’est pas facile. Vous faites la démarche d’exposer à un inconnu votre intimité, vos questionnements, vos problèmes sexuels, vos anxiétés concernant la sexualité. Attardez-vous d’abord sur l’accueil, qui commence déjà au téléphone. Posez des questions sur le déroulement de la thérapie, la formation, voyez si le sexologue vous répond ouvertement, est à l’écoute de vos questions, est bienveillant, demandez quelles techniques le sexologue pense utiliser, etc. Vous consultez d’abord une personne, donc une personnalité, qui est spécialisée dans le domaine sexologique. La façon d’être du sexologue est donc importante et sera différente selon les individus.

Un sexologue trop directif, trop paternaliste, qui ne se baserait que sur ses expériences n’a pas de code de déontologie et ne peut donc pas être un bon thérapeute, car ne sera pas neutre et objectif. En effet, devenir thérapeute s’inscrit dans des qualités personnelles mais aussi dans la formation où l’on apprend à mettre en place un cadre thérapeutique, nécessaire pour mettre de côté les valeurs personnelles du sexologue et donc lui permettre d’être efficace et professionnel.

Soyez attentif à ce qu’il y ait une évaluation correcte pratiquée, faites attention aux promesses, aux solutions hâtives. Trop souvent je reçois des personnes qui ont vu un sexologue une seule fois, qui a « réglé » leur problème en leur donnant un médicament, sans jamais les suivre ou les revoir. J’entends également très souvent des hommes souffrant de troubles érectiles me dire que le sexologue qu’ils ont consulté leur a parlé de suite « d’anxiété de performance et que de prendre un médicament pour l’érection règlera le problème et leur permettra de reprendre confiance ».  Même si la perte de confiance est présente dans ces troubles, elle n’est que très rarement l’unique raison pour laquelle la personne souffre de ce trouble.  Et la prise d’un médicament pour favoriser l’érection, même si elle peut être utile et dans certains cas nécessaire, n’encourage pas la confiance en soi, au contraire.

Il s’agit là d’une vision uniquement médicale et réductrice de la personne et de comment la problématique s’est inscrite comme symptôme psychologique dans son corps. Il est clair qu’en l’absence de formation adéquate en approches thérapeutiques, le sexologue concerné ne peut offrir aucune solution psychologique. Le danger ici est que la personne se trouve en échec (alors qu’en consultant elle a besoin d’aide et est déjà vulnérable) et pense qu’il n’y a pas d’issue à son problème.

Vous ne consultez pas non plus un spécialiste pour qu’il vous donne des « conseils de copain », il doit vous expliquer votre situation, la construction psychologique qui a amené au symptôme physique dans votre situation. Aller voir un sexologue de nombreuses fois sans jamais avoir de plan de traitement ni d’outils pour sortir de votre problème n’est pas adéquat non plus.

Un sexologue digne de ce nom ne peut pas vous affirmer que votre problème sera réglé en 3 séances. De par son expérience il pourra vous indiquer un nombre de séances prévisionnel, mais n’oublions pas que la personne venue consulter est la première à évoluer ou à résister dans le cheminement thérapeutique et par conséquent elle représente la pièce maîtresse de son évolution. Le sexologue n’a pas de baguette magique et ne peut pas faire disparaître votre mal-être en un clic, vous êtes l’acteur de votre démarche.

Et chose éminemment importante, un sexologue n’a pas le droit de vous toucher physiquement, de vous demander de vous déshabiller ou de vous montrer comment obtenir un orgasme, etc.  Seul le médecin a le droit éventuellement (car en général non nécessaire) de demander voir vos organes génitaux, encore faut-il que cela soit indiqué (problème de frein déchiré, mycoses, etc.). J’entends encore trop souvent de malheureuses expériences d’abus sexuels et de pouvoir procédés par des charlatans déviants.

Pour finir, je dirais qu’entreprendre une thérapie est un voyage personnel de compréhension, de prise en charge personnelle, d’évolution vers notre « soi » authentique. Et qu’en tant que sexologue clinicienne, faire partie de cette démarche et en être un facteur déterminant représente pour moi non seulement l’utilité et la raison d’être de mon métier, mais aussi une grande satisfaction professionnelle et personnelle.